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par le Pr Michel Poncet

"Ne pas confondre diagnostic précoce et dépistage de la maladie d'Alzheimer "

La maladie d'Alzheimer fait peur et cette peur conduit souvent à des comportements compréhensibles mais qui méritent discussions. Nombreux sont ceux qui, vivant mal ce qu'ils considèrent être une baisse de leurs capacités mentales et en particulier mnésiques, veulent savoir s'ils ne seraient pas victimes de cette maladie. Dans ce cas, le sujet exprime une plainte et il veut connaître la raison de ses difficultés. Le médecin - il se doit d'être spécialiste - a pour mission de formuler une hypothèse diagnostique et d'élaborer une stratégie thérapeutique. Le plus souvent la plainte est isolée et la normalité du bilan effectué permet d'affirmer l'absence de maladie cérébrale. Les raisons de ces " plaintes mnésiques isolées ", comme les désignent les spécialistes, sont certainement multiples et souvent liées à des problèmes dits psychologiques (stress, surcharge de travail, préoccupations dans la vie sociale et familiale, non-acceptation des baisses physiologiques avec l'âge de son rendement intellectuel …).

Il arrive parfois que les données du bilan neuropsychologique (examen des différentes fonctions cérébrales) et neuroradiologique (scanner cérébral et IRM) conduisent à évoquer la possibilité d'une maladie d'Alzheimer débutante. On est là dans la problématique du diagnostic précoce, au stade pré-démentiel de la maladie. Ma position sur ce délicat problème est la suivante : le patient, parfaitement autonome dans sa vie personnelle, sociale et professionnelle (quand il n'est pas encore retraité) se doit d'être informé que ses plaintes sont liées à une affection cérébrale et qu'il est nécessaire qu'il subisse chaque année un bilan qui devrait permettre de formuler une hypothèse sur la nature et l'évolutivité de ses lésions.
Porter le diagnostic de maladie d'Alzheimer à ce stade de la maladie, même si notre intime conviction est qu'il s'agit bien de cette maladie, n'est pas conséquent. Les erreurs sont fréquentes et évoquer le diagnostic seulement après le deuxième ou troisième bilan n'a aucune conséquence néfaste sur la maladie puisqu'il n'existe pas encore aujourd'hui de traitement qui ait fait la preuve d'une réelle efficacité sur les lésions qui en sont responsables.

Moins nombreux, mais leur nombre augmente régulièrement, sont ceux qui consultent pour savoir si le dépistage de la maladie d'Alzheimer est possible. Ils ont appris que les lésions (dépôt des protéines anormales) caractéristiques de cette maladie apparaissent dans le cerveau bien avant les premières manifestations cliniques et que certaines équipes travaillent sur la mise en évidence de ces lésions. Ils ne formulent aucune plainte, ils vont très bien, ils ne sont pas malades, mais ils disent souhaiter savoir s'ils sont porteurs de la maladie. Ma position actuelle sur le problème du dépistage de la maladie d'Alzheimer est claire. Il n'existe vraiment aucune raison médicale à un tel dépistage. Dépister, même si cela était vraiment possible, ce qui reste à démontrer, une maladie contre laquelle nous n'avons pas de moyen thérapeutique, qui n'est pas contagieuse donc sans danger pour les autres et qui n'est qu'exceptionnellement héréditaire donc sans danger pour sa descendance est non seulement inutile mais dangereux. Le risque de qualifier des personnes normales de malades victimes de la maladie d'Alzheimer n'est pas négligeable et les conséquences d'une telle erreur peuvent être dramatiques.

Pour conclure je résumerai mon attitude de clinicien sur le diagnostic de la maladie d'Alzheimer en disant :
1) le dépistage de la maladie d'Alzheimer n'a pas sa raison d'être et il n'est pas honnête de laisser croire que les données des chercheurs sur ce problème soient actuellement utilisables en pratique clinique.
2) Le diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer au stade pré -démentiel est certainement possible, mais il se doit d'être porté dans des centres spécialisés possédant des personnels hautement qualifiés et un plateau technique très performant en neuro-imagerie.
3) Alors que le diagnostic de la maladie d'Alzheimer au stade démentiel peut être fait par des médecins généralistes et spécialistes (neurologues, gériatres, psychiatres) et qu'il ne nécessite pas des moyens techniques sophistiqués, il arrive encore trop souvent que ce diagnostic ne soit évoqué que tardivement après des années d'angoisse pour le patient et sa famille. Ceci est souvent bien regrettable, car s'il n'existe pas de médicaments de la maladie d'Alzheimer, il existe des médicaments qui ont des effets très positifs sur certains des troubles qu'on observe dans cette maladie et dont l'amélioration change la vie du patient et de son entourage.

Michel PONCET

Président de l'IMA, Michel PONCET est médecin neurologue. Il est Chef du Service de Neurologie-Neuropsychologie au Centre Hospitalier Universitaire de la Timone.

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