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La
prise en charge alimentaire par l'aidant
Conseils
pratiques en cas de troubles ou de difficultés
Les troubles
du comportement alimentaire apparaissent très tôt dans la maladie
d'Alzheimer ; ils évoluent avec la maladie et augmentent tout au
long de son évolution. Au début de la maladie, les troubles du comportement
alimentaire sont plutôt défensifs. Avec l'évolution de la maladie
s'installe progressivement la difficulté à reconnaître les aliments
puis l'incapacité à s'alimenter seul. Le patient devient alors entièrement
dépendant de l'aidant principal. Le but à atteindre est de prendre
en charge le patient de manière adaptée en fonction des paliers
d'évolution. Un bon état nutritionnel, mais aussi le fait de solliciter
et de stimuler le patient (parole, geste, regard), l'aide à maintenir
ses facultés cognitives le plus longtemps possible.
La prise en
charge alimentaire doit être précoce, efficace et être adaptée sans
cesse en fonction des troubles. Une alimentation peu adaptée (quantité/qualité)
va accélérer l'évolution de la maladie. La surveillance du poids
du patient et de l'aidant doit être régulière, et sera notée sur
un calendrier. Pour le patient, toute perte de poids (> 2 kilos)
traduit un risque de dénutrition. Pour l'aidant, une perte de poids
met en évidence une limite de tolérance dans la prise en charge
du malade. Autour de la famille doit être mis en place un réseau
d'aides à domicile faisant intervenir les services de soins, les
services sociaux, etc., afin d'apporter un soutien et une aide au-delà
des soins eux-mêmes, pour effectuer des taches ménagères, les courses,
les repas, etc. Un environnement psycho-affectif favorable facilite
la prise en charge alimentaire et retarde ainsi l'évolution de la
maladie.
L'état nutritionnel
doit être évalué régulièrement afin d'apporter les réponses adaptées
: une pesée mensuelle, éventuellement une mesure du mollet,sont
particulièrement recommandées. La dénutrition protéino-énergétique
est à redouter. La dénutrition entraîne une baisse des défenses
immunitaires, une diminution de la masse musculaire et osseuse,
un état de fatigue, des difficultés de déplacement, etc. Les risques
de chutes, d'escarres et d'infections sont élevés. La dénutrition
aggrave donc la maladie. Une alimentation suffisante, variée et
équilibrée, peut limiter et retarder l'évolution de la maladie,
pour une meilleure qualité de vie, du patient et de l'aidant. Afin
de maintenir le goût et l'appétit, il est important de relever les
saveurs, de faire une cuisine odorante et de mettre de la coquetterie
dans les plats ! Chaque jour, des représentants de chaque famille
d'aliments doivent être présents pour fournir à l'organisme tous
les éléments nutritionnels nécessaires.
Les protéines,
indispensables au maintien de la masse musculaire, sont fournies
par la viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers. Si
leur apport est insuffisant, il faut enrichir l'alimentation avec
des œufs, du fromage, du lait concentré ou des compléments nutritionnels
du commerce (crèmes, flans, boissons, plats mixés).
Les légumes
et les fruits doivent être présents sous de nombreuses formes :
crus, cuits, en gratins, farcis, en jus, en mousses, etc. Ils apportent
de nombreuses vitamines et minéraux.
Le pain, les
pâtes, le riz, etc. sont composés de glucides (ou sucres) complexes
nécessaires au travail musculaire et cérébral. Les matières grasses
(beurre, huiles, margarines) apportent des acides gras essentiels
et certaines vitamines impliquées dans la protection des membranes
cellulaires, notamment cérébrales.
Les boissons
sont à surveiller, car le risque de déshydratation est élevé et
aggrave les troubles neurologiques. L'eau peut être fournie par
: les eaux de boisson, les tisanes, le thé et le café légers, un
peu de vin rouge (1 verre par jour), mais aussi par les entremets,
les yaourts, les sorbets. En cas de troubles de la déglutition,
on peut avoir recours à de l'eau gélifiée ou à des poudres épaississantes.
Un apport suffisant
en vitamine E (huiles végétales) et du groupe B (abats, oléagineux,
viandes, poissons, œufs légumes secs) ralentit la dégradation des
facultés cognitives. Pour les repas, impliquer le patient dans le
choix du menu, les courses, la réalisation de plats, le dressage
de la table, etc. stimule ses fonctions cognitives, facilite le
maintien des réflexes et de la qualité du geste.
Lorsque l'appétit
diminue et que les repas deviennent insuffisants, il faut prévoir
différentes collations dans la journée, à base de produits laitiers,
de fruits et de boissons. Surveiller l'état de la vue, de l'ouïe,
de la bouche, des dents, etc. est important. Ne pas hésiter à compléter
l'équipe médicale (kinésithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute,
diététicien) et à trouver quelques astuces : couverts adaptés, assiettes
chauffantes, texture des aliments modifiée. Maintenir une alimentation
agréable et variée permet de préserver un bon état nutritionnel
le plus longtemps possible et de ralentir l'évolution de la maladie,
donc la perte d'autonomie physique et psychique.
Dr Monique
Ferry, médecin gériatre et Mme Béatrix Sidobre, diététicienne, Service
de gériatrie, Centre Hospitalier de Valence (Drôme Textes adaptés
de leur conférence à Plabennec (29) le 21 septembre 2000.
Conseils
pratiques
1/ En cas de
troubles du comortement alimentaire
| Perte de
poids |
Consulter
le médecin, la diététicienne, fractionner et enrichir les préparations
(voir tableau 2). |
| Bouche
sèche ou avec des aphtes |
Boire beaucoup
de liquides, sucer des glaçons, des bâtonnets de glace ou des
sorbets. Faire des mouillettes en trempant des aliments (pain,
biscottes) dans des liquides, consommer des aliments en sauce
ou des crudités bien assaisonnées mais pas trop vinaigrées ou
citronnées. Rincer la bouche fréquemment, faire des soins de
bouche (dentiste), sucer des pastilles. |
| Si nausées
ou vomissements |
Proposer
des petits repas plus fréquemment, demander au malade de mâcher
lentement et longtemps, faire boire des gorgées de liquide frais
entre les repas, éviter les mets trop épicés, frits, gras et
les aliments avec une odeur forte, proposer les aliments froids
ou à température ambiante. Repos après les repas la tête surélevée. |
| En cas
de diarrhée |
Faire des
petits repas, boire beaucoup de liquides (bouillons et légumes),
éviter les aliments trop fibreux ou gras. |
| En cas
de constipation |
Boire beaucoup
de liquides et des aliments riches en fibres. Faire de l'exercice
physique régulièrement. Ajouter (très progressivement) du son
(acheté en pharmacie) dans les gâteaux, les pâtes à tarte, etc. |
| Perturbation
du goût (goût " étrange ") |
Vérifier
l'état des dents et des gencives, faire mariner les viandes,
les volailles, les poissons dans du jus de citron ou d'orange
; proposer beaucoup de liquide ou sucer des pastilles. Servir
les aliments plutôt froids ou à température ambiante. Utiliser
les fines herbes, les aromates, les jus de citron, la menthe.
Vérifier avec le médecin traitant la liste des médicaments.
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| La personne
malade a oublié qu'elle avait déjà pris son repas. |
Proposer
quelques grains de raisin, une biscotte, un bout de pomme, un
cube de fromage, etc. |
| Le malade
refuse la viande |
Faire des
équivalences avec d'autres aliments riches en protéines : crème,
flan, yaourt, soufflés, oeuf à la coque, etc. (voir tableau
2). |
| Le malade
n'arrive pas à avaler |
Faire pencher
la tête en avant pour avaler. Si inefficace consulter un médecin,
un ORL. |
| Le malade
refuse toute alimentation et s'énerve |
Réessayer
dans un moment et rester calme ! Prévoir une assiette chauffante. |
| Il mange
très lentement |
L'encourager
verbalement ou l'aider. |
| Il fixe
la nourriture et ne mange pas |
Vérifier
la vue (ophtalmologiste). |
| Le malade
ne semble pas discerner les aliments ni les articles de table
: il ne tient pas bien les couverts |
Il est
possible de trouver des couverts plus adaptés dans des magasins
spécialisés, sinon consulter un ergothérapeute. |
| Il ne mâche
pas |
Vérifier
l'état des gencives et des dents (dentiste), donner des aliments
plus mous, l'encourager à mâcher (verbalement ou en massant
les joues). |
| En cas
de fausses routes |
La gélatine,
la maïzéna ou des poudres épaississantes (en pharmacie) permettent
d'épaissir les liquides qui deviennent de consistance plus crémeuse
; les purées de fruits et les yaourts le lait. Les liquides
froids peuvent être épaissis avec des biscuits, de la glace
ou du sorbet. |
| Le patient
tourne les aliments dans sa bouche et ne les avale pas |
Changer
la texture, le goût, faire un léger massage des joues, faire
boire une gorgée d'eau, l'encourager verbalement à avaler. |
| Il mélange
tout |
Proposer
les plats l'un après l'autre ; l'essentiel étant que le malade
prenne son repas, peu importe qu'il mélange les différents aliments
entre eux. |
| Le malade
mange trop vite |
Donner
des petites portions, l'encourager à ralentir (verbalement ou
par de petits gestes). |
| Il n'ouvre
pas la bouche |
Se placer
en face du malade et toucher doucement ses lèvres avec la cuillère.
S'il persiste, consulter le médecin. |
Tableau 2. -
Moyens pour augmenter la densité nutritionnelle des aliments
| Certains
aliments permettent d'enrichir les préparations |
Les oeufs,
le jambon, le lait en poudre, le lait concentré non sucré, la
Blédine, le gruyère râpé, la viande hachée, la chair à saucisse,
le poisson, les moules, les poudres de protéines (en pharmacie). |
| Exemples
de préparations salées faciles à manger et faciles à enrichir |
Soufflés,
croquettes, pains, flans, mousses (de poisson, viande, légumes),
béchamels enrichies (lait enrichi, oeuf, fromage), gratins (lait
enrichi, oeuf, fromage), potages enrichis (oeuf, jambon, crème
fraîche, gruyère), piperades, omelettes (pomme de terre, oignons,
fromage, fines herbes), légumes farcis, raviolis, lasagnes,
gnocchis, gâteaux de foies de volaille, croquettes de viande,
mousseline de courgettes, quenelles de poisson, quiches. |
| Exemples
de préparations sucrées faciles à manger et faciles à enrichir |
Crème pâtissière,
flan, riz et semoule de lait, pudding, glace, lait de poule,
pain perdu, crème de marrons + petit suisse enrichi, milk-shakes. |
| Produits
du commerce enrichis en protéines |
Mélanges
nutritifs, crèmes, potages, préparation mixées, barres de l'effort,
jus de fruits enrichis, produits homogénéisés pour enfants (viandes,
légumes), poudres de protéines, poudres énérgétiques pour petit
déjeuner. Les jus de fruits, les milk-shakes, le lait remplacent
avantageusement l'eau en apportant énergie, vitamines, protéines,
etc. |
Tableau 3. -
Aliments qui peuvent être consommés debout
| Salés |
Sucrés |
Pizza,
quiches
Sandwiches composés (au choix)
Crêpes
Tartes aux légumes
Croquettes de viande, poisson
Gnocchis
Poulet froid
Saucisson
Surimi
Légumes crus en bâtonnets
Fromages |
Glaces
Entremets
Gâteaux, biscuits, crêpes sucrées
Glaces
Yaourt à boire
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Dr M.Ferry
*, S.Lauque **, S.Rivière *** * Service de gériatrie Centre hospitalier
Valence, ** Diététicienne, CH Toulouse, *** Ingénieur agronome,
CH Toulouse Extrait du supplément trimestriel de la Lettre mensuelle
de l'Année Gérontologique III (réalisé avec le concours des Laboratoires
EISAI et PFIZER).
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